Ma découverte de la biodiversité. Témoignage*

02.03.2010, von Claude Auroi, Professor am Graduate Institute of International and Development Studies in Genf

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En ces années 1983-86, je travaillais au Centre international de la pomme de terre (CIP) à Lima. Je participais en tant que socio-économiste à un projet de multiplication de semence de base de pommes de terre déjà améliorées ou hybrides (mariva, etc).

Je faisais des études de débouché de la semence de base auprès des paysans péruviens qui pouvaient être des multiplicateurs potentiels. J’étais souvent dans la sierra (montagne) à 3500-4000 m et je participais avec les agronomes à des voyages de reconnaissance et d’évaluation.

Peu à peu je me suis rendu compte que dans les champs des paysans il y avait partout entre vingt et trente variétés natives semées côte à côte, alors que dans notre programme nous en avions cinq à six, des hybrides, sauf une native, la yungay.

Cela m’a évidemment fait réfléchir et un jour j’ai proposé au projet de «nettoyer» (libérer de virus), aussi certaines variétés traditionnelles.

Je pensais rencontrer de la résistance, mais à ma grande surprise l’ingénieur en chef du projet m’a confié la mission d’identifier dans chaque grande région du Pérou les variétés traditionnelles les plus cultivées. C’est ainsi que j’ai découvert, compris et cherché à diffuser la biodiversité des plantes cultivées.

Une autre expérience, toujours au Pérou, m’a ouvert les yeux sur la création de la biodiversité. Un jour, à Huancayo, dans la station expérimentale du CIP, des techniciens étaient penchés sur un plant de pomme de terre qu’ils venaient de déterrer. Ils semblaient perplexes. Tous les tubercules étaient gris, sauf un qui était rose.

Un ingénieur a soudain murmuré: «mutation». Je venais d’assister à la création d’une nouvelle variété, par le hasard, ou par Dieu, peu importe.

Enfin, troisième expérience de la découverte de la biodiversité, cette fois ayant trait à sa diffusion et acceptation. Toujours à  Huancayo, les sélectionneurs avaient écarté une nouvelle variété, pour diverses raisons.

Mais les ouvriers de la station avaient alors emmené ces plants dans leurs «chacras», leurs champs personnels et les avaient enfouis. Aussi les techniciens de la station eurent-ils la suprise, quelques mois plus tard, de voir les champs aux alentours tout fleuris de la variété rejetée par la science, mais bien acceptée par la population.

Depuis, je n’ai jamais abandonné le combat pour la conservation et l’extension de la biodiversité, car je crois que la vie est belle quand elle est variée et que l’uniformité la tue.

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