Année de la biodiversité, une autre vision*

14.09.2010, von Daniel Cherix, Biologe, Professor an der Universität Lausanne und Konservator am Musée cantonal de zoologie in Lausanne

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Biodiversité, biodiversité mon c…! aurait dit Zazie, l’espiègle héroïne de Raymond Queneau dans son ouvrage un peu iconoclaste. Est-ce à dire que nous en avons un peu par-dessus la tête de l’année 2010 et de la biodiversité? C’est un peu juste et… un peu faux!

De nombreuses initiatives auront vu le jour cette année et un effort particulier aura été mis sur la communication. Allez visitez le site de la Confédération et du Forum Biodiversité ( www.biodiversite2010.ch) pour vous en rendre compte.

Il ne faut à Google que 0.16 secondes pour vous donner une liste de 40’100 sites contenant les mots-clés biodiversité, Suisse et 2010. De là à penser que nous avons réellement fait un pas en direction de la protection des paysages, des espèces et de la diversité génétique est un peu illusoire.

Durant cette année, les indications alarmantes de la régression d’espèces animales et végétales aussi bien en Suisse que sur l’ensemble de la planète sont publiées à un rythme guère différent des années précédentes.

La Confédération a de la peine à mettre sur pied une politique et surtout des outils en faveur de la biodiversité (cependant on en parle dans les couloirs et tout espoir n’est pas perdu).

Mon propos n’est pas de critiquer ces initiatives, mais bien de parler de biodiversité en jetant un regard vers toutes ces espèces qui, venant d’une autre région géographique, s’installent chez nous. Certaines d’entre elles possèdent un potentiel qui pourraient les rendre «envahissantes» (je devrais dire «invasives» pour faire plus moderne).

Or, on ne prend pas toujours conscience de l’impact négatif que peuvent avoir ces espèces. Ou on ne réagit pas alors que, suivant l’ UICN, l’impact des espèces invasives est la deuxième cause responsable de la diminution de la diversité sur notre planète.

Dès que l’homme a commencé à se déplacer, il a réussi volontairement mais aussi involontairement à déplacer des espèces animales et végétales, dont certaines ont aujourd’hui une distribution mondiale.

Prenez par exemple les cafards dont les noms vernaculaires comme blatte germanique ou blatte américaine semblent indiquer une origine précise et que l’on trouve un peu partout.

Aujourd’hui, le phénomène semble s’accélérer. Ainsi, en l’espace de quelques années, la coccinelle asiatique (Harmonia axyridis) a colonisé la Suisse et pourrait donner un drôle de goût à nos vins en participant un peu trop activement aux prochaines vendanges.

Le frelon asiatique (Vespa velutina), dont la venue prochaine par l’ouest est imminente, risque bien d’affecter nos abeilles domestiques qui luttent tant bien que mal contre ce que l’on a glorieusement appelé le CCD ou «colony collapse disorder».

Et le moustique tigre qui stagne pour l’instant au sud des Alpes. Je pourrais continuer à énumérer les espèces exotiques qui ont été découvertes ces dernières années et dont on ne mesure pas encore l’impact.

Nous devons impérativement intégrer la gestion des espèces exotiques dans nos préoccupations relatives à la biodiversité. La mise sur pied d’une base de données européenne DAISIE (delivering alien invasive species inventories for Europe) a recensé plus de 11’000 espèces exotiques dont  15% ont un impact économique et 15% un impact sur la biodiversité.

Notre vision de la biodiversité doit s’élargir et tenir compte de tous les éléments ayant une influence. Mais n’oublions pas que le plus important sera les montants que nous voudrons bien allouer pour réussir à freiner efficacement l’érosion des espèces dans notre pays.

Ainsi, l’année de la biodiversité pourrait avoir le même succès que Zazie et son célèbre roman!

Kommentare

Romy Clément, 30.09.2010 08:30:
Monsieur

Quel plaisir de lire une critique objective sur l'effet de mode "biodiversité".
Au vu de vos fonctions, vos connaissances vous placent dans une position où je ne pourrais sûrement être qu'auditeur...néanmoins, je tenais à vous faire part de mon sentiment quant aux diverses et très variées initiatives concernant la biodiversité et les espèces dites invasives en particulier.

Laissez-moi d'abord me situer: fraîchement diplômé de l'HEPIA (Haute Ecole du Paysage, d’Ingénierie et d'Architecture de Genève) et ancien étudiant en sociologie, j'ai eu l'occasion à de maintes reprises ces dernières années de me confronter à la faiblesse de nos interprétations et à nos excès en matière d'environnement.

De fait, là où la formation suivie aurait du me procurer une assise confortable et une assurance nouvelle concernant les problématiques environnementales, je me retrouve aujourd'hui avec des doutes bien plus nombreux qu'alors.

Votre texte le relève parfaitement, nous agissons souvent en ignorant tous les tenants et les aboutissants de nos actes et de nos réflexions, le domaine scientifique dans sa dimension théorique (recherche) aussi bien que pratique (ingénierie) ne le dément pas.

A l'heure de l'urgence parfois, sans confondre rapidité et empressement, je crois que l'action relève aussi d'une certaine nécessité. Si les erreurs sont humaines et que le temps nous est compté, c'est sans désespoir aucun (paradoxe?) que j'entreprendrai les actions qui me seront dévolues, tant du point de vue des responsabilités que de l'intérêt.

Après cette trop longue introduction, je souhaitais aborder le vif du sujet: quid des espèces invasives et des cascades anthropiques dont elles sont souvent l'une des conséquences...

Nous le savons tous deux, l'homme à souvent à son insu permis la colonisation d'espèces dont la valence écologique les place dans une situation de concurrence favorable face aux espèces indigènes. Pourtant, toute espèce, qu'elle quelle soit appartient à la biodiversité dans son sens large. Or, l'amalgame courant veut que l'on ne considère que la diversité spécifique à un moment donné en un lieu précis, ceci en fonction des caractéristiques écologiques globales, faisant de l'espèce considérée une espèce indigène ou non.

Le fait d'entreprendre une lutte systématique, tant en termes de moyens financiers qu'humain pose un certain nombre de question légitimes: à l'heure où le déficit social et sociétal atteint des sommets dans les démocraties occidentales, à l'heure où l'on nous parle de culpabilité et de fin toute proche, quel discours et quelles mesures devrions-nous adopter pour garantir la pérennité de l'espèce humaine (Homo sapiens sapiens) partie intégrante de la biodiversité.

Comprenons ici que l'écologie appliquée ne saurait concurrencer la créativité de la nature...en tant qu'ingénieur de l'environnement, je ne peux que proposer des choses à la nature....ce n'est qu'elle, en définitive, qui décidera de les rendre valides ou non.

Pourtant, ne nous devons-nous pas d'agir, tant pour les générations futures (pardonnez-moi ce bateau...) que pour réintégrer plus profondément l'homme dans son environnement dont il reste, malgré ses moyens de synthèse actuels, tributaire.

Convient-il plus de parler d'oubli ou de dol par omission? Je ne le sais pas moi-même, néanmoins je n'aurais pas peur d'affirmer que la nécessité aujourd'hui est celle du décloisonnement des savoirs, de l'interdisciplinarité et surtout d'une gouvernance nouvelle, tant en termes de partage des connaissances que de gestion publique.

La complexité de l'environnement, souvent extrêmement simplifiée pour nous le rendre intelligible, est une leçon d'humilité quotidienne...pourtant il nous faut agir. Pour les espèces en général....et sûrement pour l'homo sapiens en particulier. Ne voyez pas ici un anthropocentrisme déplacé, néanmoins, la nécessité de mieux gérer nos sociétés pour garantir la survie de la planète m'apparaît aujourd'hui encore comme une évidence.

En conclusion, je tenais à vous remercier d'avoir une fois encore éveiller ma curiosité et d'avoir ouvert des doutes sur le bien fondé de nos actions et de nos espoirs...

En espérant pouvoir un jour vous rencontrer, je vous prie de croire, Monsieur, à mes meilleures salutations.

Clément Romy...qui n'a définitivement d'ingénieur que le titre (trop pompeux à son goût d'ailleurs)
Jen-Paul Cochard, 30.09.2010 17:32:
Oh que oui, oh que oui...
Quel plaisir d'avoir de tes nouvelles surtout que celles-ci sont droites dans leurs bottes.
J'ai réussi à faire (par l'entremise de députés que je connais bien) une interpellation au Grand Conseil vaudois concernant ce cher ennemi invasif Vespa Velutina qui se pointe à l'horison 2011.
Réponse de Conseil d'Etat, attendre et voir venir ! et après tout, c'est l'affaire de l'institut Agroscope Liebefeld. C'est comme si l'on savait qu'il va y avoir une explosion, mais on ne ferme pas le gaz.Mais le plus grave à mon avis, ce sont les personnes, citadines en majorité qui veulent protèger ces éspèces (pas de pièges au printemps pour capturer les fondatrices ???)
Bien à toi, un apiculteur qui aime ses abeille et qui cherche à les sauver.
Jean-Paul Cochard
Gilbert Matthey, 01.10.2010 17:42:
Après tant d'années à suivre l'évolution de nos milieux naturels et de leur faune, j'avoue mon pessimisme. Quand on voit que le Conseil des Etats et le Conseil National viennent d''enterrer la Convention des Alpes parce qu'elle risquerait de nuire à nos intérêts économiques ...
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